J’ai
toujours souligné la fête des pères.
J’en ai acheté des cadeaux inutiles
juste pour avoir l’air de ne pas oublier
cet anniversaire.
C’était
avant 1998. Avant cette année là,
le jour de la fête des pères, j’appelais
papa pour lui demander de ses nouvelles. Comme
une tâche, comme une obligation. J’écoutais
papa radoter ses vieilles histoires du passé,
‘’quand t’étais p’tit’’
comme il me disait et je me demandais comment
pouvait-il répéter les mêmes
histoires et les trouver intéressantes?
Jusqu’en
1998.
Jusqu’en
1998, j’ai négligé mon père
le troisième dimanche de juin. Parce
que j’me disais que mon père -comme
tous les pères- n’avait pas besoin
que je le chouchoute. Le niaisage du ‘’je
t’aime et je me sens bien avec toi’’…
c’est bon pour les mères que j’me
disais. Avant 1998, pas de cartes de souhaits
sérieuses, que des cartes avec des grosses
jokes plates. Parce qu’un papa, on peut
se moquer de ça.
Mon père,
celui qui a sacrifié sa santé
pour le bien de sa famille au temps où
gagner 5$ l’heure était un privilège,
n’était pas reconnu avant 1998.
Ce que mon père a fait avant 1998 m’était
dû.
Le 23 juillet
1998, j’ai compris. En prenant dans mes
bras cette minuscule petite fille qui venait
tout juste de naître, j’ai enfin
compris. Je ne pouvais pas mettre de mots sur
ce que je ressentais mais j’ai su ce jour
là que chacun de mes gestes n’aurait
plus la même signification. Aussi lourde
qu’envoûtante, la responsabilité
paternelle s’imposerait doucement.
J’ai
compris ce jour là que mon père
est un homme qui mérite bien plus que
le respect. Il mérite que son fils lui
dise ‘’je t’aime’’,
tendrement. Une partie de mon existence même,
ma masculinité que je crois équilibrée,
je la lui dois. On ne décide rien face
à nous-même avant l’adolescence,
nos parents nous forgent, nous façonnent.
Mon père m’a construit, façonné,
il m’a montré un tas de chemins
et m’a laissé choisir le mien.
J’ai
43 ans et j’ai encore besoin de savoir
ce qu’en pense mon papa. Tant qu’il
le voudra, il sera mon conseiller le plus précieux.
Je continuerai -encore longtemps j’espère-
à espionner chacun de ses gestes, à
boire ses paroles… à l’écouter
radoter. À chaque fois que mon père
est près de moi, il est en mission, je
le sais maintenant. Une mission aussi longue
que la vie elle-même.
Ma fille de
12 ans n’a aucune idée de l’importance
qu’elle possède à mes yeux,
que mon bonheur dépend du sien, que sa
douleur est toujours accompagnée de la
mienne et que son absence sème le vide,
le vrai. Elle n’a aucune idée de
ce que j’ai pu -et pourrai toujours- faire
pour elle. Actuellement, son inconscient lui
dicte que ce que je fais pour elle lui est dû.
C’est bien ainsi, chaque chose en son
temps.
La fête
des pères est un événement
important, c’est la fête de ceux
qui ont le don de transformer des sacrifices
et l’abstraction de soi en immenses moments
de joie. Ceux qui ont compris la valeur des
nuits blanches, ceux qui savent que la plus
belle job n’est pas la plus payante qu’on
a échappé par manque de disponibilité
mais bien celle qui permet d’être
à la maison à temps pour le souper.
Les bonheurs de père sont parfois incompréhensibles
pour ceux qui ne le sont pas.
Pendant que
j’écris ces derniers mots, au dessus
de mon écran, trônent un diplôme
du ‘’Meilleur papa du monde’’,
un dessin de ‘’Spider-Papa’’
et un certificat du père ‘’Le
plus mongol’’.
La fête
des pères est l’une des deux plus
belles fêtes de l’année (les
mères méritent autant d'honneurs)
et je vous souhaite de le réaliser plus
tôt que moi.
J’ai
hâte à dimanche car mon papa va
raconter à tous l’monde -pour la
trentième fois au moins- la fois où
il a dû me retirer mon vélo parce
que j’allais me promener en cachette là
où c’était interdit. C’était
il y a 35 ans environ…
Merci
papa de me faire vivre ces merveilleux instants
de bonheur.
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