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CHRONIQUE LES JOIES DE LA PATERNITÉ

La plus belle fête de l'année
par Michel Thibeault

J’ai toujours souligné la fête des pères. J’en ai acheté des cadeaux inutiles juste pour avoir l’air de ne pas oublier cet anniversaire.

C’était avant 1998. Avant cette année là, le jour de la fête des pères, j’appelais papa pour lui demander de ses nouvelles. Comme une tâche, comme une obligation. J’écoutais papa radoter ses vieilles histoires du passé, ‘’quand t’étais p’tit’’ comme il me disait et je me demandais comment pouvait-il répéter les mêmes histoires et les trouver intéressantes?

Jusqu’en 1998.

Jusqu’en 1998, j’ai négligé mon père le troisième dimanche de juin. Parce que j’me disais que mon père -comme tous les pères- n’avait pas besoin que je le chouchoute. Le niaisage du ‘’je t’aime et je me sens bien avec toi’’… c’est bon pour les mères que j’me disais. Avant 1998, pas de cartes de souhaits sérieuses, que des cartes avec des grosses jokes plates. Parce qu’un papa, on peut se moquer de ça.

Mon père, celui qui a sacrifié sa santé pour le bien de sa famille au temps où gagner 5$ l’heure était un privilège, n’était pas reconnu avant 1998. Ce que mon père a fait avant 1998 m’était dû.

Le 23 juillet 1998, j’ai compris. En prenant dans mes bras cette minuscule petite fille qui venait tout juste de naître, j’ai enfin compris. Je ne pouvais pas mettre de mots sur ce que je ressentais mais j’ai su ce jour là que chacun de mes gestes n’aurait plus la même signification. Aussi lourde qu’envoûtante, la responsabilité paternelle s’imposerait doucement.

J’ai compris ce jour là que mon père est un homme qui mérite bien plus que le respect. Il mérite que son fils lui dise ‘’je t’aime’’, tendrement. Une partie de mon existence même, ma masculinité que je crois équilibrée, je la lui dois. On ne décide rien face à nous-même avant l’adolescence, nos parents nous forgent, nous façonnent. Mon père m’a construit, façonné, il m’a montré un tas de chemins et m’a laissé choisir le mien.

J’ai 43 ans et j’ai encore besoin de savoir ce qu’en pense mon papa. Tant qu’il le voudra, il sera mon conseiller le plus précieux. Je continuerai -encore longtemps j’espère- à espionner chacun de ses gestes, à boire ses paroles… à l’écouter radoter. À chaque fois que mon père est près de moi, il est en mission, je le sais maintenant. Une mission aussi longue que la vie elle-même.

Ma fille de 12 ans n’a aucune idée de l’importance qu’elle possède à mes yeux, que mon bonheur dépend du sien, que sa douleur est toujours accompagnée de la mienne et que son absence sème le vide, le vrai. Elle n’a aucune idée de ce que j’ai pu -et pourrai toujours- faire pour elle. Actuellement, son inconscient lui dicte que ce que je fais pour elle lui est dû. C’est bien ainsi, chaque chose en son temps.

La fête des pères est un événement important, c’est la fête de ceux qui ont le don de transformer des sacrifices et l’abstraction de soi en immenses moments de joie. Ceux qui ont compris la valeur des nuits blanches, ceux qui savent que la plus belle job n’est pas la plus payante qu’on a échappé par manque de disponibilité mais bien celle qui permet d’être à la maison à temps pour le souper. Les bonheurs de père sont parfois incompréhensibles pour ceux qui ne le sont pas.

Pendant que j’écris ces derniers mots, au dessus de mon écran, trônent un diplôme du ‘’Meilleur papa du monde’’, un dessin de ‘’Spider-Papa’’ et un certificat du père ‘’Le plus mongol’’.

La fête des pères est l’une des deux plus belles fêtes de l’année (les mères méritent autant d'honneurs) et je vous souhaite de le réaliser plus tôt que moi.

J’ai hâte à dimanche car mon papa va raconter à tous l’monde -pour la trentième fois au moins- la fois où il a dû me retirer mon vélo parce que j’allais me promener en cachette là où c’était interdit. C’était il y a 35 ans environ…

Merci papa de me faire vivre ces merveilleux instants de bonheur.


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